Axe 7 - Crises sanitaires et globales

Professeur supervisant l’axe de recherche : Pr. Patrick Boisselier

Chercheurs associés: Pr. William Dab, Pr. Yvon Pesqueux, Pr. Gilles Teneau. 

Expert associé: Stéphane Linou.

Que ce soit sur le plan environnemental ou sanitaire, notre planète est aujourd’hui exposée à des dangers sans équivalent par comparaison avec le passé. Les épidémies ont la capacité de se répandre à travers le monde entier, comme l’a montré celle du Covid-19, le réchauffement nous expose à des dérèglements et des phénomènes climatiques de plus en plus fréquents et violents ; la pollution et l’épuisement des ressources naturelles sont cause de maladie, de famine et de déséquilibres profonds au sein des biotopes naturels. Cet ensemble de phénomènes, conjugué à une démographie non contrôlée risquent d’entraîner des mouvements de population massifs, ainsi que des conflits majeurs pour le contrôle des ressources.

C’est à ces risques de nature systémique que s’intéresse l’axe de recherche « Crise sanitaires et globales » en tentant de cerner les risques majeurs et leurs conséquences et tenter d’offrir tout à la fois des outils d’analyse et des solutions envisageables.

Il procède d’un triple mouvement, suivant en cela la genèse des crises globales. L’apparition d'une crise se caractérise par un écart à l’état normal des choses dans un domaine particulier ; se manifestent alors un certain nombre de difficultés, ayant souvent pour origine un échec plus profond, présent dans la matrice même du système. Par un effet domino, la crise se propage ensuite à la majorité des secteurs de la société. Ainsi, les domaines économique, financier, climatique, sécuritaire, cyber et militaire peuvent entrer en crise de façon systémique ; on parle alors de « crise totale » (Bauer, 2020). Dans ce contexte, le fait technologique peut être à la fois un amplificateur de crise et facilitateur de progrès de tous ordres. Il peut ainsi supplanter les pouvoirs locaux et/ou nationaux par le jeu d'interconnexions et interdépendances mondiales en générant ou aggravant les phénomènes criminels ; comme il peut apporter des solutions à la crise, allant du diagnostic à la thérapeutique en passant par le pronostic. Cela a été notamment observé lors de la pandémie de Covid-19 au cours de laquelle il a amplifié l’impact des fake news, mais aussi permis une meilleure communication au sein des populations en facilitant la diffusion des vaccins et en apaisant leurs craintes.

Pour comprendre ces crises globales, on peut les étudier à l’aune du concept d'émergence : de nouvelles problématiques jusqu’alors difficiles à définir impliquent l’invention de nouveaux mots (dans une approche constructiviste du réel), l’élaboration de nouveaux outils méthodologiques et la construction de nouveaux paradigmes. Véritable enjeu cognitif, l’émergence des crises globales demande en amont un effort d’anticipation, que ce soit par le recours à des modèles de prévision (démographique, économique, climatique, biologique, cybernétique, etc.) ou à des techniques de préparation de l’avenir, comme la prospective stratégique, qui allie raison et intuition, qui conjugue sciences, techniques et humanités dans l’identification de tendances lourdes et la détection de "signaux faibles", souvent précurseurs de ruptures.  La prospective stratégique vise ainsi non pas à prévoir le futur, mais à s’y préparer en transformant le sujet en profondeur, pour le rendre plus résilient face à l'imprévu propre aux crises. En aval, le traitement des crises globales appelle des diagnostics systémiques ainsi qu'une gestion de crise adaptée, mobilisant les acteurs adéquats et une approche « sur-mesure » du leadership. 

Cet axe de recherche trouve actuellement un écho dans l’intégration du concept de résilience dans les orientations des travaux d'institutions telles que l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la Commission Européenne (CE). En effet, l’ANR place ses appels à projets dans la lignée du Plan National de Relance et de Résilience (PNRR). L’Agence invite par exemple à anticiper les grandes transitions du siècle comme le numérique. De plus, dans un effort de la CE pour une Europe plus résiliente, la prospective stratégique a gagné en importance à Bruxelles depuis la crise du Covid-19. Le dernier rapport européen sur la question, couvrant les dimensions sociale, économique, géopolitique, écologique et numérique des crises montre tant la pertinence de cet axe que celle du positionnement pluridisciplinaire de l’ESDR3C. Ainsi, l’équipe de l’axe se tient prête à répondre à des appels à projet de la Commission, notamment dans la perspective du prochain rapport de prospective stratégique. 

Résolument engagée pour une sortie des crises « par le haut », l'équipe de l'axe en favorise une approche positive. En effet, si les crises globales soumettent nos modèles de civilisation à rude épreuve, elles recèlent nombre d’opportunités pour les décideurs. Facteur d'incertitude, elles ne doivent pas être synonyme de « vide stratégique », mais au contraire fertiliser la réflexion collective et inciter à exploiter des marges de manœuvre parfois insoupçonnées, pour formuler des réponses efficaces et inédites issues de la recherche pluridisciplinaire. C'est la vocation première de cet axe de recherche.