Axe 6 - Recherche transformative et méthodologie d'évaluation socio-économique en terrorisme et criminalité

Professeur supervisant l'axe de recherche: Laurent Cappelletti (Cnam)

Chercheurs associés: Pr. Robert Cario, Pr. Martine Herzog-Evans, Pr. Jean-Philippe Denis.

Le traitement des enjeux de terrorisme et de criminologie présente, ou du moins peut présenter, a minima deux besoins transversaux communs. Le premier (I) est de disposer d'une méthodologie de gestion opérationnelle permettant, d'une part, de mesurer les coûts des phénomènes terroristes et criminels pour la société (ou pour l'organisation victime en question) qui sont en partie cachés, c'est-à-dire mal ou pas du tout appréhendés par les systèmes d'information traditionnels, et, d'autre part, de mesurer les gains (eux aussi souvent cachés) générés par les actions envisagées puis mises en œuvre pour les réduire. Par exemple, quels sont les coûts de la radicalisation religieuse et quels sont les gains générés par les actions envisagées pour y faire face ? Le second (II), dans la mesure où les sciences criminelles sont des sciences expérimentales, consiste à maîtriser les principes méthodologiques et épistémologiques des méthodologies de recherche dites transformatives, c'est-à-dire celles qui produisent des connaissances scientifiques à partir des pratiques du terrain. Par exemple, comment transformer en matériau scientifique les observations faites par un spécialiste du renseignement ou du contre-terrorisme à partir de sa pratique professionnelle ?

L'épistémologie des sciences criminelles ou criminologie est en construction, ce qui en fait un champ d'étude passionnant. En particulier, toute une série de connaissances produites par la criminologie sont issues - comme en économie, en gestion ou en sciences naturelles - de l'expérimentation, c'est-à-dire d'observations faites sur le terrain soit par des chercheurs professionnels (enseignants-chercheurs, criminologues, etc.), soit par des praticiens-chercheurs (consultants, experts, policiers, militaires, etc.), qui interagissent quotidiennement avec la criminalité et le terrorisme pour les décrire, les comprendre et les combattre. Une question épistémologique majeure est alors de savoir comment transformer les observations tirées des pratiques professionnelles et du terrain en connaissances scientifiques (ou en "intentions scientifiques" pour reprendre la formulation plus modeste et rigoureuse de François Perroux). En d'autres termes : quelles sont d'une part les connaissances génériques, c'est-à-dire réutilisables et généralisables, que l'on peut tirer des observations faites dans le domaine criminel et terroriste, et d'autre part les connaissances contingentes, c'est-à-dire spécifiques à un contexte donné ?

Cet objectif épistémologique adapté aux sciences criminelles et terroristes est précisément celui de la recherche transformative, autrement appelée recherche-action ou recherche-intervention, dont le but est d'extraire des connaissances valides d'intention scientifique à travers l'interaction entre le chercheur et l'objet observé (voire à travers sa transformation). Il s'agit ici de s'orienter, sur le modèle de ce que l'on a appelé en médecine l' "evidence-based medecine" ou en sciences de gestion l' "evidence-based management", vers une sorte d' "evidence-based criminology". La maîtrise des dispositifs épistémologiques et des méthodologies de recherche-intervention au sens large intéressera les chercheurs en sciences criminelles, qu'ils soient praticiens professionnels ("scientifiques ordinaires" selon Jacques Girin ou "praticiens réflexifs" selon Donald Schön) ou chercheurs professionnels, dès lors que leurs observations s'appuient sur un travail de terrain sur le terrorisme ou la criminalité en "col blanc" ou en "col bleu".

Aussi, lorsque ces enquêtes visent à étudier, par un travail d'immersion sur le terrain, des hypothèses descriptives (par exemple, comment fonctionne une triade ou comment s'organise la fraude fiscale offshore), des hypothèses explicatives (par exemple, pourquoi des individus se radicalisent) et/ou des hypothèses prescriptives (par exemple, comment resocialiser les fondamentalistes religieux ou comment améliorer l'échange d'informations entre les différents services de renseignement afin de prévenir plus efficacement les actions terroristes).