Alain BAUER

«Omicron et les Covid sans fin»

29 novembre 2021

« L’Etat, qui peut et fait beaucoup, doit apprendre à faire avec la population, par le dialogue et la reconstruction de la confiance »

Début 2020, lors de nos premières notes d’alerte construites avec l’aide du réseau international de gestion des crises né après les attentats de 2001, nous écrivions : « Pourquoi notre sidération devant l’apparition du coronavirus ? Parce que nous avons choisi l’oubli. Parce que nous n’avons pas pris le temps de nous préparer. Pour autant, outre la grippe espagnole de 1918, depuis la grippe russe de 1889, la grippe asiatique de 1956, celle de Hong Kong de 1968 ou la H1N1 de 2009, nous n’avons pas manqué d’alertes ni d’études scientifiques de grande qualité pour nous alarmer. Sans succès. »

Plus grave encore, depuis Charles Delorme, le médecin français des rois qui inventa en 1619 le masque à bec pour combattre la peste, mais qui peina à convaincre les autorités de l’adopter, ou encore le docteur hongrois Ignace Semmelweis qui expliqua en 1850 aux sommités médicales de Vienne l’impératif hygiénique de se laver les mains pour contrer les contagions (mais qui fut la risée de ces mandarins), nous avons régressé plutôt qu’évolué. Il aura fallu Louis Pasteur pour que les choses changent enfin. Du moins, un peu. Puis nous avons désappris les principes de base. Très vite nous nous sommes crus invincibles et rêvés immortels. Nous avons imaginé le « transhomme », dont la puce électronique vient de griller, faute d’oxygène disponible.

Fascinés par la conquête de l’espace, nous avons oublié la puissance, la résilience et la résistance des microbes — ces micro- organismes invisibles à l’œil nu, vibrions, bactéries, parasites et virus qui sont considérés comme les premières formes de vie apparues sur Terre il y a plus de trois milliards d’années et qui survivent en investissant une cellule-hôte qu’ils cannibalisent —, qui ont précédé de loin l’espèce humaine et constituent pour elle une menace récurrente sous la forme d’épidémies et de pandémies.

La communauté savante n’a pas échappé à ce syndrome. Elle s’est divisée à l’échelle internationale comme nationale, même si des consensus partiels se sont dégagés au fur et à mesure que l’épidémie s’est développée. Comme beaucoup d’entre nous, il s’est trouvé des scientifiques pour juger qu’« incroyable » et « impensable » rimaient avec « impossible ». L’Occident avait déjà commis une erreur analogue en balayant d’un revers de main, avant les attentats de 2001, la capacité de nuisance d’al-Qaïda et consorts.

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