Axe 8 : Polémologie et questions militaires

Professeur supervisant l’axe de recherche : Dr. Olivier Entraygues

Chercheurs associés:  Pr. Martin Jones (anciennement terrorisme), Dr. Camino Kavanagh (anciennement cyber), Dr. Carl Horn (anciennement cyber), Pr. Pascal Chaigneau (anciennement dynamiques d’innovation), Pr. Gary Brown (anciennement cyber), Sinisa Malesevic, John Raine (anciennement terrorisme)

Une histoire critique de la guerre ne peut pas se limiter à une histoire événementielle et hégémonique, centrée sur une simple histoire bataille portée par quelques grands capitaines et  produit de l’histoire de la tactique et de l’histoire de l’armement. Fuller rappelle que  « Les chapitres de batailles sont les crêtes des vagues, les chroniques représentent les creux, les deux restant liés dans le flux et le reflux de trois mille cinq cents ans de pratiques de la guerre.[1]»

Sous le prisme de la longue durée, la guerre doit être rendu intelligible comme une force motrice qui sous-tend -dans les civilisations européennes- le développement puis le fonctionnement de l’État. Une telle histoire rompt avec cette histoire des militaires dans la mesure où elle cherche à incorporer les dimensions sociales, économiques et culturelles comme les domaines intellectuels, juridiques, éthiques, littéraires et artistiques. Dans ce cadre la centralité de l’interaction permanente entre l’État (polis et politea) - dont les trois piliers au sens wébérien sont l’impôt, la bureaucratie et l’armée- et la guerre doit se nourrir conjointement de l’histoire de l’État et de l’histoire des idées, éléments  fondamentaux à la grille d’analyse.  Une histoire critique de la guerre est alors peut-être une histoire de l’utilisation de la violence -étatique ou non- en vue de dominer les hommes. Cette histoire thématique devient une réflexivité historique c’est-à-dire une réflexion critique sur ce qui détermine notre rapport à la compréhension et à l’interprétation de la guerre en appréhendant ses constantes et ses changements.

Elle doit aussi s’appuyer sur un champ théorique qui recherche des structures de répétitions. En ce sens, les structures épistémiques déjà définies au premier chapitre changent à des rythmes variables ; elles permettent de saisir l’innovation et de repenser la temporalité de la guerre. Cette approche structurale de l’histoire subsume trois principaux couples d’opposition : « ami-ennemi », « avant-après » et « vainqueurs-vaincus ». Son intérêt est aussi d’être capable de dépasser les clivages d’ordres politiques, économiques, juridiques, philosophiques, religieux, culturels,…afin d’exclure tout jugement sur la valeur de l’objet étudié : la réalité de la guerre expression d’une dualité, un duel et un acte de violence. L’auteur y ajoute donc son principe de neutralité polémologique déjà esquissé dans son avant-propos. Un tel postulat  épouse l’injonction du sociologue Max Weber à suspendre toute valeur (Wertfreiheit[2]) comme cadre déontologique pour étudier la guerre.

En fin de compte, une histoire critique de la guerre devient une euristique qui investit l’histoire en tant que discipline intégratrice des sciences humaines. Elle doit permettre une réflexivité critique dont l’utilité pour le développement de l’intelligence militaire est d’une part l’apport théorique à la guerre et d’autre part, le champ des histoires possibles, c’est-à-dire l’expérience de ce qui ne sait pas encore produite voire qui ne se produira jamais. Toutefois de telles études ne doivent jamais être considérées comme achevées car la guerre est un objet en perpétuel mouvement.