Le vieux monde, la crise, les crises

Assises de la recherche stratégique 2021

21 septembre 2021
8h30 - 18h

  • Webinaire - Webconférence
La pandémie a mis en lumière des vulnérabilités systémiques, notamment liées aux volets sanitaire et environnemental dans la réflexion stratégique. Elle illustre également la superposition des crises, exigeant une approche globale et transverse de la résilience. La récurrence des menaces d’ordre multiple - cyber, environnemental, sanitaire, sécuritaire - invite à repenser les référentiels de la gestion de crise et à renouer avec une culture de l'anticipation.

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.
Cahiers de prison - Antonio Gramsci

Matin

  • Olivier Faron, administrateur général du Cnam
  • Alain Bauer, professeur, titulaire de la chaire de criminologie, responsable scientifique du Pôle Sécurité Défense Renseignement, Criminologie Crises Cybermenaces (PSDR3C) du Cnam

9h15 : CRISES SANITAIRES ET ENVIRONNEMENTALES : LES DEUX FACES D’UNE MÊME PIÈCE?

  • Arnaud Fontanet, professeur, titulaire de la chaire « santé et développement » du Cnam et membre du Conseil scientifique Covid-19
  • Élisabeth Toutut-Picard, députée de la septième circonscription de la Haute-Garonne, ancienne directrice d’hôpital
  • Stéphane Foucart, journaliste chargé de la couverture des sciences du journal Le Monde

Modération par le professeur Patrick Boisselier, Cnam.

10h15 : LE CRIME ORGANISÉ : GRAND GAGNANT DES CRISES

  • Diffusion d’une intervention de Louise Shelley, professeure  de l’Université George Mason, fondatrice du Terrorism, Transnational Crime and Corruption Center
  • Christian Vallar, doyen, directeur du Centre d'Études et de Recherche en Droit administratif, constitutionnel, financier et fiscal (CERDACFF)
  • Diffusion d’une intervention de Frédéric Ploquin, grand reporter, spécialiste de la criminalité organisée

Modération par la maître de conférences Clotilde Champeyrache, Cnam.

11h15 : INTERVENTION DE CYNTHIA FLEURY

  • Cynthia Fleury, professeure, chaire « Humanités et Santé », Cnam.

11h30 : CRISES ET CYBER RÉSILIENCE DES INFRASTRUCTURES CRITIQUES

  • François Daoust, général, directeur du Centre de recherche de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale (CREOGN)
  • Patrick Laclemence, directeur du Centre de recherche de l’École Nationale Supérieur de la police et de l'Institut de sécurité globale et anticipation (UTT).
  • Diffusion d’une intervention de Guillaume Poupard, directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI).

Modération par le maître de conférences Rémy Février, Cnam.

Après-midi

14h : CHOIX PUBLICS ET CHOIX PRIVÉS FACE À LA MANIPULATION DE L’INFORMATION

  • Stéphane Bouillon, prefet, secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN)
  • Maud Quessard, directrice du domaine Euratlantique à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (IRSEM)
  • François-Bernard Huyghe, directeur de l’Observatoire Stratégique de l’information

Modération par le professeur Philippe Baumard, directeur de l’ESDR3C.

15h : LES ENJEUX ET DÉFIS D’UNE SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE

  • Alice Pannier, responsable du programme Géopolitique des technologies (IFRI)
  • Didier Danet, enseignant-chercheur et directeur du Master spécialisé en cyberdéfense de l’Académie militaire de Saint-Cyr
  • Philippe Latombe, député de la 1ère circonscription de Vendée

Modération par la professeure Nicole Gnesotto, vice-présidente de la fondation Notre Europe.

16h : INTERVENTION A CONFIRMER

  • Intervention de Stéphane Fouks (retransmission), vice-président Havas Group.

16h15 : NOUVEAUX DISCOURS RADICAUX ET IMPÉRATIFS STRATÉGIQUES EN TEMPS DE CRISE GLOBALE

  • Elyamine Settoul, maître de conférences en charge du certificat de spécialisation Prévention de la radicalisation du Cnam
  • Jean-Dominique Merchet correspondant défense et diplomatie du journal l'Opinion

Modération par le lieutenant-colonel Olivier Entraygues, docteur habilité à diriger des recherches, Centre de doctrine et d’enseignement au commandement de l’armée de Terre et ESDR3C.


17h15 : CONCLUSION

Clôture par Manuel Lafont Rapnouil, directeur du Centre d'analyse, de prévision et de stratégie (CAPS), ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

en savoir plus Entretien avec Alain Bauer, professeur du Cnam, titulaire de la chaire Criminologie

À l’occasion de la 11e édition des Assises de la recherche stratégique 2021, les débats, cette année, vont tourner autour du vieux monde, de la crise, des crises. Le monde est donc en aussi mauvais état qu'il en a l'air ?

Les Assises sont nées il y a onze sous l’égide du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques, qui avait pour mission interministérielle de relancer un secteur alors délaissé par les pouvoirs publics. Après une décennie d’existence, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale a confié au Pôle Sécurité-défense du Cnam le soin de faire perdurer un dispositif unique en France. Nous constatons que le vieux monde est, comme souvent, marqué par son âge et parfois sa fatigue. Mais il a de beaux restes, et on ne construit jamais rien sans racines.

Nous ne sommes pas encore sortis de la crise sanitaire congruente à la pandémie de Covid-19 mais, près de deux ans après, quels enseignements pourrait-on déjà en tirer en termes de gestion, d'anticipation et de sécurité ? Et j'ajouterais de stratégie étatique pour éviter une nouvelle débâcle humaine et économique si cela venait à recommencer ?

En fait, comme trop souvent, ce qui semble nouveau est d’abord ce qui a été oublié. Depuis 1918, on sait a peu près tout sur le processus d’une pandémie et les problématiques qui l’accompagnent. Mais un processus d’amnésie collective efface expérience et compétence au bénéfice de postures de communication et d’une gestion à la godille un peu partout dans le monde. Tout avait été pensé, appris et préparé par un État stratège lors de la crise H1N1. Et tout a été perdu, oublié et déconstruit depuis. L’État s’est trouvé démuni et affaibli, et a dû retrouver dans l’urgence les moyens de gérer une crise loin d’être finie.

On le voit bien aujourd'hui, les menaces sont multiples, et même globalisées : sanitaires, donc, mais aussi numériques et identitaires, sans oublier le volet environnemental de l'éventail. Que faut-il faire, ou que faudrait-il faire, selon vous, pour gérer un tel millefeuille de problématiques dont les populations ont parfois la sensation qu'elles leur échappent ?

Comme souvent, il faut rappeler que la criminologie est d’abord une science clinique qui s’articule autour d’un dispositif clair : diagnostic partagé, pronostic discuté, thérapeutique disputée. Trop souvent, on se concentre sur une réaction et des postures traitant des conséquences au lieu de s’occuper des causes. La concentration d’une multitude de menaces, anciennes mais récurrentes et concentrées dans le temps, nécessite sans aucun doute de remettre en état les dispositifs de l’État pour en reconstruire, surtout en France où il a construit la nation, l’épine dorsale ainsi que la capacité d’action dans un régalien moins étendu mais plus concentré, notamment sur la gestion des insécurités (sociales, sanitaires, sécuritaires).

Revenons un instant sur le numérique. Les Assises de la recherche stratégique 2021 préconisent une souveraineté numérique européenne, française a minima. En quoi sommes-nous aujourd'hui défaillants ? Et, stratégiquement parlant, une telle souveraineté pourrait-elle améliorer notre capacité à anticiper et à gérer l'avenir ?

Les Assises ne préconisent pas, elles incitent plutôt à la réflexion et à l’action sur des domaines majeurs, dont le cyber est un élément essentiel. L’Europe continue à produire des cerveaux mais peu de structuration entrepreneuriales alors que les États-Unis continuent à attirer des talents et offrent des perspectives économiques avec relativement peu de création interne. La division de l’Europe, son incapacité à créer des géants du numérique, des réseaux, de l’avenir, posent des questions de souveraineté et de survie à moyen terme. Beaucoup a été fait sous l’impulsion du général de Gaulle et de Georges Pompidou pour doter la France (puis l’Europe) d’une indépendance dans l’aéronautique, le spatial. Michel Rocard, avec les ordinateurs massivement parallèles ou la simulation nucléaire avait tenté de développer des capacités stratégiques majeures. Il est largement temps de rattraper le retard dans les batteries ou le digital.

Pour terminer, quels seraient, selon vous, les trois ou quatre décisions à prendre dans l'immédiat pour espérer remettre le monde sur les bons rails et redonner confiance dans l'avenir aux populations ?

Il serait présomptueux et prétentieux de pouvoir répondre à cette question comme si tout était connu et écrit. C’est justement le rôle des Assises que de fournir des idées, des options, des propositions. Et aux élus de savoir prendre les décisions qui s’imposent, en tenant toujours compte des leçons de l’histoire, comme le chaos afghan vient de nous le rappeler encore une fois récemment.

Les 6 grandes conférences des Assises de la recherche stratégique 2021

  • Crises sanitaire et environnementale : les deux faces d’une même pièce ? (9h15)
  • Le crime organisé : grand gagnant des crises (10h15)
  • Crises et cyber résilience des infrastructures critiques (11h30)
  • Choix publics et choix privés face à la manipulation de l’information (14h)
  • Les enjeux et défis d’une souveraineté numérique (15h)
  • Nouveaux discours radicaux et impératifs stratégiques en temps de crise globale (16h15)

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